Marmotte montagne : où observer les marmottes dans les plus beaux massifs de France

Marmotte montagne : où observer les marmottes dans les plus beaux massifs de France

Il suffit parfois d’un sifflement pour faire taire toute une montagne. Un cri bref, aigu, presque électrique, qui traverse les alpages et fait lever les yeux aux randonneurs. Là, entre deux rochers chauffés par le soleil, une marmotte monte la garde. Quelques secondes plus tard, elle disparaît dans son terrier, laissant derrière elle une touffe de poils, un mouvement dans l’herbe et cette délicieuse impression d’avoir surpris un secret.

La marmotte des montagnes est l’une des grandes vedettes de la faune française. Dodue, vive, incroyablement méfiante et dotée d’un talent certain pour poser comme une statue, elle peuple plusieurs massifs de l’Hexagone. Mais où partir pour l’observer sans la déranger ? À quelle saison a-t-on le plus de chances de la croiser ? Et comment éviter de transformer une rencontre sauvage en séance photo envahissante ?

Des Alpes aux Pyrénées, en passant par le Massif central, voici les plus beaux territoires français pour partir sur les traces de la marmotte.

La marmotte, une survivante parfaitement équipée pour la montagne

La marmotte des Alpes (Marmota marmota) est un rongeur parfaitement adapté aux conditions parfois brutales de la haute montagne. Elle vit généralement entre 800 et 3 000 mètres d’altitude, dans les prairies, les éboulis et les versants herbeux où elle peut creuser son terrier.

Son allure paisible est trompeuse. La marmotte est une athlète compacte, capable de bondir entre les pierres et de filer sous terre avec une efficacité qui ferait rougir plus d’un randonneur essoufflé. Son sifflement, lancé par un individu posté en sentinelle, avertit toute la colonie de l’arrivée d’un danger. Un aigle, un renard, un chien… ou un humain trop enthousiaste.

Elle hiberne plusieurs mois, souvent d’octobre à avril, blottie dans un terrier tapissé d’herbe sèche. À la sortie, elle a perdu une partie importante de son poids et passe alors de longues heures à se nourrir. Herbes, fleurs, tiges et jeunes pousses composent son menu. Les mois de mai et juin sont particulièrement propices aux observations : la végétation est encore basse et les jeunes marmottons commencent à explorer les environs.

Le parc national de la Vanoise, royaume alpin de la marmotte

Premier parc national créé en France, en 1963, la Vanoise offre un décor spectaculaire pour observer les marmottes. Entre la Savoie et la Haute-Tarentaise, les vallées s’ouvrent sur des glaciers, des sommets dentelés et de vastes alpages où les rongeuses prennent volontiers le soleil.

Les secteurs de Pralognan-la-Vanoise, Termignon, Aussois, Champagny-le-Haut et de la vallée de l’Arc sont réputés pour leurs rencontres animalières. Sur les sentiers d’altitude, il n’est pas rare d’entendre un sifflement avant même d’apercevoir le moindre museau. La marmotte, elle, vous observe déjà depuis un rocher, parfaitement immobile, avec ce regard qui semble dire : « Je t’ai vu, bipède. Et je ne bougerai pas pour toi. »

Lire aussi  Safari à Serengeti en Tanzanie : Parc à la découverte des animaux sauvages

Les itinéraires autour du refuge de la Dent Parrachée, du col de la Vanoise ou du vallon de Plan du Lac permettent de traverser des milieux favorables. Il faut toutefois rester attentif : les marmottes ne se trouvent pas nécessairement au bord du chemin. Elles apprécient les pentes dégagées, les zones rocailleuses et les abords de terriers, souvent reconnaissables à la terre fraîchement remuée.

  • Meilleure période : de mai à septembre, avec une activité particulièrement visible en matinée et en fin d’après-midi.
  • À prévoir : des jumelles, des chaussures adaptées et une bonne dose de patience.
  • À respecter : les chiens doivent être tenus en laisse dans les secteurs protégés et les règles du parc doivent être suivies à la lettre.

Le parc national des Écrins, entre sifflements et sommets grandioses

Dans les Hautes-Alpes et l’Isère, le parc national des Écrins est l’un des meilleurs endroits pour observer la marmotte en France. Les paysages y ont quelque chose de démesuré : vallées profondes, glaciers suspendus, parois minérales et alpages lumineux. Au milieu de cette immensité, la marmotte apporte une touche de rondeur et d’impertinence.

Les vallées de la Vallouise, du Valgaudemar, du Champsaur et du Briançonnais abritent de nombreuses colonies. Les sentiers proches de La Bérarde, du Pré de Madame Carle ou du refuge du Glacier Blanc offrent de belles possibilités, à condition d’accepter de marcher un peu. Ici, les marmottes sont habituées au passage des randonneurs, mais elles restent des animaux sauvages. Elles ne sont pas des peluches avec pattes, même si leur façon de se redresser sur les pattes arrière pourrait sérieusement vous faire douter.

Le matin, lorsque la montagne se réveille, elles sortent se nourrir dans les prairies. Aux heures chaudes, elles peuvent s’allonger sur une pierre plate, ventre contre le soleil. En cas d’alerte, le sifflement retentit et toute la colonie se volatilise. L’attente recommence alors, dans un silence ponctué par le vent et les cloches des troupeaux.

Pour une découverte accessible, plusieurs sentiers des vallées permettent d’observer la faune sans s’engager sur des itinéraires techniques. Les maisons du parc et les accompagnateurs en montagne peuvent également indiquer les zones d’observation les plus intéressantes du moment.

Le Queyras, une montagne sauvage et généreuse

Le parc naturel régional du Queyras est un terrain rêvé pour qui aime les paysages préservés et les rencontres discrètes. Dans ce territoire des Hautes-Alpes, les villages de Saint-Véran, Molines-en-Queyras, Abriès-Ristolas et Ceillac ouvrent la porte à de nombreuses randonnées dans les alpages.

Les marmottes y sont bien présentes, notamment sur les versants herbeux et près des torrents d’altitude. Le vallon de la Blanche, les abords du col Agnel ou les sentiers menant vers les lacs du Queyras offrent souvent de belles opportunités. Les paysages sont magnifiques, mais la montagne ne se donne pas toujours au premier regard. Il faudra parfois marcher deux heures pour entendre un sifflement, puis découvrir que son auteure vous observait depuis le début.

Lire aussi  Afrique du sud parc animalier : les plus beaux lieux pour observer la faune sauvage

Le Queyras est aussi un endroit parfait pour prendre le temps. Plutôt que de parcourir les sentiers à toute allure, installez-vous à distance d’une zone rocheuse, coupez le son de votre téléphone et laissez la montagne reprendre la parole. Les marmottes apparaissent souvent lorsque l’on cesse de les chercher avec frénésie.

Le parc national du Mercantour, des marmottes sous le soleil du Sud

À l’extrémité sud des Alpes, le parc national du Mercantour étonne par ses contrastes. On y trouve des lacs glaciaires, des forêts de mélèzes, des sommets minéraux et une lumière presque méditerranéenne. Dans les vallées de la Gordolasque, du Boréon, de la Tinée et de l’Ubaye, les marmottes profitent d’un climat souvent plus lumineux que dans les massifs du Nord.

Les environs du lac de Prals, du Boréon ou du refuge de Nice sont propices aux observations, tout comme certains itinéraires autour de la vallée des Merveilles. Les marmottes y évoluent dans des paysages où les traces de l’histoire humaine côtoient les grands espaces. Mais attention : dans les secteurs très fréquentés, elles peuvent sembler peu farouches. Cette proximité n’est pas une invitation à les nourrir.

Donner du pain, des biscuits ou des fruits à une marmotte peut sembler attendrissant. C’est pourtant une très mauvaise idée. Une alimentation inadaptée peut provoquer des problèmes de santé, modifier son comportement et l’inciter à s’approcher des humains, parfois jusqu’au bord des routes et des parkings. La photo parfaite ne mérite pas de mettre un animal en danger.

Les Pyrénées, l’autre grande terre de marmottes

La marmotte a été introduite dans les Pyrénées au milieu du XXe siècle, notamment pour limiter la présence de certains prédateurs et enrichir la faune montagnarde. Elle s’y est parfaitement adaptée et occupe aujourd’hui de nombreux secteurs des Pyrénées françaises.

Le parc national des Pyrénées est une destination incontournable. Du cirque de Gavarnie aux vallées d’Ossau, d’Aspe et de Cauterets, les sentiers traversent des pelouses d’altitude où les marmottes aiment se nourrir et se réchauffer. Les abords du lac de Gaube, le plateau de Bious-Artigues, la vallée de Marcadau et les secteurs proches du col du Tourmalet sont particulièrement appréciés des randonneurs.

Dans l’Ariège, le parc naturel régional des Pyrénées ariégeoises offre également de nombreuses possibilités. Les vallées de Vicdessos, du Couserans et de la Haute-Ariège abritent des populations bien implantées. Les paysages y sont parfois plus confidentiels que dans les grands sites touristiques, ce qui augmente le plaisir de la rencontre.

Dans les Pyrénées comme dans les Alpes, les marmottes profitent des premières heures de la journée. Un départ matinal permet d’éviter la chaleur, les foules et les longues files de randonneurs. Et puis, il faut l’avouer, une montagne rosée par le lever du soleil possède une élégance que les parkings de midi n’ont jamais su égaler.

Lire aussi  Parc nationaux : les plus beaux paysages à découvrir en France et dans le monde

Peut-on voir des marmottes dans le Massif central ?

Oui, mais l’observation y est généralement moins régulière que dans les Alpes et les Pyrénées. La marmotte a été introduite dans plusieurs secteurs du Massif central, notamment dans le massif du Sancy. Des individus peuvent être observés sur certains plateaux et versants d’altitude, en particulier autour du puy de Sancy et des Monts Dore.

Les rencontres restent plus aléatoires. Il faut scruter les pentes herbeuses, écouter les sifflements et accepter que la montagne garde parfois ses habitants pour elle. Les paysages volcaniques du Sancy offrent cependant un cadre remarquable pour une randonnée, même lorsque la marmotte décide de ne pas se montrer.

Le Massif central convient particulièrement aux voyageurs qui souhaitent combiner observation de la faune, découverte des volcans et itinéraires accessibles. Les accompagnateurs locaux connaissent souvent les secteurs fréquentés par les colonies et peuvent vous aider à repérer les indices : terriers, coulées dans l’herbe, cris d’alerte et silhouettes furtives.

Quand partir pour observer les marmottes ?

La saison d’observation s’étend généralement de la fin avril ou du début mai jusqu’au début de l’automne. Les dates varient selon l’altitude, l’enneigement et les conditions météorologiques. En haute montagne, certaines marmottes sortent plus tard, lorsque les pentes ont enfin retrouvé leur végétation.

  • Mai et juin : les marmottes sortent d’hibernation, se nourrissent activement et les jeunes commencent parfois à apparaître.
  • Juillet et août : la fréquentation touristique augmente, mais les animaux restent actifs, surtout tôt le matin et en fin de journée.
  • Septembre : les colonies profitent des dernières ressources avant l’hiver. La lumière est souvent superbe et les sentiers plus calmes.
  • Hiver : inutile de partir à leur recherche. Elles dorment profondément dans leurs terriers, loin des raquettes et des objectifs photo.

Les bons gestes pour une rencontre respectueuse

Observer une marmotte est un privilège, pas un spectacle organisé. Pour préserver son calme et ses habitudes, gardez une distance d’au moins plusieurs dizaines de mètres. Si elle se redresse, siffle ou se précipite vers son terrier, vous êtes probablement trop près.

  • Utilisez des jumelles ou un téléobjectif plutôt que de vous approcher.
  • Ne nourrissez jamais les marmottes, même avec des aliments qui semblent naturels.
  • Restez sur les sentiers afin de ne pas piétiner les terriers et les zones de nourrissage.
  • Gardez votre chien en laisse dans les espaces protégés et éloignez-le des colonies.
  • Évitez les cris, les gestes brusques et les attroupements autour d’un animal.
  • Ne cherchez pas à toucher une marmotte : ses dents sont moins attendrissantes que son museau.

La meilleure rencontre est celle qui ne laisse aucune trace, sinon dans votre mémoire. Asseyez-vous, respirez, observez. Une marmotte finira peut-être par sortir de son terrier, fourrure dorée dans la lumière, et vous accordera quelques secondes de présence. Puis elle repartira comme elle est venue, avec ce mélange de grâce et de méfiance qui appartient aux vrais habitants de la montagne.

Alors, que vous choisissiez la Vanoise, les Écrins, le Mercantour, le Queyras, les Pyrénées ou les volcans du Massif central, partez avec des chaussures solides, des yeux grands ouverts et une patience de marmotte. La montagne ne promet rien. C’est précisément pour cela que chaque sifflement ressemble à un petit miracle.

Les commentaires sont clos.